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24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 09:45

Le bien-être des élèves et des professeurs pour une École de la réussite.

Organiser de meilleures conditions de travail, pour tous, dans les établissements scolaires est un préalable à toute ambition de réussite pour les élèves comme pour les enseignants. La nécessité se s’appuyer sur les concepts et méthodologies de l’ergonomie n’est plus à discuter. Cette approche du travail humain a fait et fait ses preuves dans le monde du travail adulte. Pourquoi ne pas s’en servir dans le monde scolaire ?

Les notions de compatibilité ou d’adéquation ou d’équilibre sont les objectifs visés par l’ergonome. Quand il y a conflit entre ce qu’est l’opérateur du point de vue biologique, psychologique, cognitif, conatif, et les conditions de travail auxquelles il doit répondre du point de vue des relations humaines mais aussi par rapport aux organisations temporelles, matérielles, économiques, c’est souffrance pour l’opérateur. Quand il est demandé à un élève d’apprendre alors que son contexte de vie ne lui permet pas de satisfaire ses besoins biologiques ou affectifs alors il n’arrivera plus à apprendre.

 

L’expression première de ce conflit pourra être d’abord des difficultés d’apprentissages très vite réinterprétées en troubles du développement avec toute la kyrielle des dys., puis apparaîtra le repli sur soi, le refus de s’investir, l’absentéisme, la violence, etc… Ces profils comportementaux sont le plus souvent traités de manière curative alors que l’ergonomie propose une démarche préventive.  

Sur quelles bases l’ergonomie s’appuie-t-elle pour prévenir le plus possible les dysfonctionnements observés afin de créer cet équilibre reconnu comme extrêmement fragile ?   

Dans tous les travaux que nous avons menés dans le monde scolaire, nous avons démontré que l’approche ergonomique du travail scolaire doit s’appuyer sur six grands principes :

Premier principe : L’ergonomie affirme avec force que la seule chose qui soit généralisable à toutes les situations de travail, qu’elles produisent des services, des objets industriels, etc., ce sont les connaissances sur les individus eux-mêmes. Il en est de même dans le cadre de l’aménagement ergonomique des situations scolaires ; seules les connaissances sur les besoins fondamentaux des enfants, adolescents sont généralisables à l’ensemble du monde de l’École, école primaire, collège, lycée. La notion de besoins fondamentaux rassemble à la fois les besoins biologiques sensu stricto comme les besoins alimentaires, les besoins de sommeil nocturne, les besoins de pauses ou de sommeils diurnes, mais aussi les besoins affectifs et sécuritaires et évidemment les besoins d’outils pour apprendre.

Deuxième principe : L’objectif de tout changement devra conduire vers des conditions de vie et de travail de mieux en mieux compatibles avec les besoins fondamentaux des élèves.

Tout changement doit prendre en compte la réalité vécue par les élèves afin qu’il se traduise par le respect amélioré de leurs besoins fondamentaux.

 Par exemple :

Trouver des organisations pour permettre aux enfants qui en ont encore besoin de dormir pendant la pause méridienne. 

Mettre en place une culture commune sur le besoin de pauses pendant la journée à l’école, au collège ou au lycée.

Penser l’emploi du temps comme dispositif pédagogique conçu au regard du niveau de développement des enfants et de l’ambition que l’enseignant a d’atteindre ses objectifs.

 

Troisième principe : La notion de choix à risque à priori et l’intérêt du compromis.

Comme dans toute situation de travail, il y a des contraintes non négociables qui d’évidence peuvent contrarier l’objectif d’équilibre, mettant à mal le respect des besoins fondamentaux des élèves (comme les horaires des cars de ramassage scolaire, par exemple). L’ergonome doit alors analyser la situation pour comprendre sur quel bouton appuyer pour rééquilibrer une situation de travail en difficulté.

Exemple : les temps scolaires imposés par des réalités non négociables et la nécessité, pour retrouver un équilibre, de mettre en place des pauses. Des vraies pauses, pas les récréations telles qu’elles sont habituellement comprises et organisées car elles sont génératrices de stress qui perturbe la qualité du travail dans les classes ou les cours et sont démontrées comme génératrices d’accidents.

Quatrième principe : L’amélioration des conditions de vie et de travail des uns ne doit pas détériorer les conditions de vie et de travail des autres.

Il serait un danger certain de ne penser l’ergonomie appliquée au monde scolaire que par rapport aux élèves ou aux adultes qui y travaillent. L’ergonome pense l’équilibre d’un système et cet équilibre nécessite que chacun, élèves, enseignants et les autres, soit « bien » au travail.

Exemple : la gestion du bruit dans un établissement scolaire

Cinquième principe : les choix ergonomiques seront l’aboutissement d’une réflexion collective

Tout aménagement qu’il soit organisationnel, technique, humain, doit s’appuyer sur une culture commune sur les besoins fondamentaux des élèves afin qu’il y ait une réelle complémentarité entre les différents temps de sa vie en tant qu’élève et en tant qu’enfant et adolescent. La complémentarité entre les projets conduits par les acteurs de l’Éducation nationale, les collectivités territoriales et les parents est une nécessité pour accompagner efficacement les jeunes dans leur développement intellectuel

Sixième principe : Un choix n’est pas toujours transférable tel quel

L’ergonomie met en garde contre l’idée que des modèles extraits de situations scolaires et de politiques éducatives développées au-delà de la France puissent être transférées dans les situations scolaires françaises en gardant leur efficacité.   L’ergonomie défend l’idée que chaque situation scolaire et de vie est singulière ce qui signifie qu’un choix heureux à un endroit pourrait être inadapté ailleurs.

N’ y a-t-il vraiment pas un modèle ailleurs qui mériterait d’être copié ?  La réponse pourra être positive si les décideurs se sont assurés que les choix transférés répondent à l’interrogation suivante :  La transformation programmée permet-elle que les élèves puissent respecter encore mieux qu’avant leurs besoins fondamentaux ?  Le transfert pourra se faire si le projet est que le futur contexte de vie et de travail génère une situation plus adaptée aux besoins des élèves

Quand tous ces critères auront été vérifiés, alors et seulement alors, la mise en place du changement sera validée.

Voila quelques principes qui devraient être appliqués chaque fois que l’on « change » l’Ecole, le Collège ou le Lycée qu’il s’agisse des espaces, des outils didactiques comme les tablettes ou le tableau interactif, des temps comme le nombre d’heures de cours sur une journée, etc

Hélas c’est trop rarement le cas. Pourtant il y a urgence à ce que l’ergonomie soit une compétence reconnue au sein de l’Education Nationale, pour éviter que des élèves, des enseignants mais aussi des parents expriment une certaine démotivation, ou de la fatigue, ou encore de l’inquiétude, ou les trois à la fois.

Par contre l’espoir est là car un bien-être se met en place quand des aménagements sont faits en tenant compte des besoins des élèves….

 

 

 

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